Malice au pays des merveilles |
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L'ennemi public numéro un de l'Amérique bien-pensante revient aux affaires. Plus déterminé que jamais ? Il nous l'assure, sans totalement nous convaincre. Car, à bien l'écouter, on sent que certains événements de 1999 l'ont davantage touché qu'il veut bien le laisser entendre. Plus marqué que revenchard, tel un boxeur au bord du KO ou coincé dans les cordes, Marilyn Manson passe à la contre-attaque. Mais a-t-il toujours la main ? |
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Flashback, avril 1999, Colorado. Un pétage de plombs de plus, à l'image que l'Amérique semble se complaire à nous resservir à intervalles réguliers avec une indécence sans limites comme pour mieux éviter de se poser des questions sur le pourquoi du comment. Sauf que cette fois-ci, c'est dans un lycée, à Columbine, que le drame s'est déroulé. Et le bilan est lourd : 13 tués, 20 blessés. Les auteurs de cette tragédie ? Des ados, tout comme leurs victimes. Et un bouc-émissaire tout trouvé... Des têtes devaient tomber. Une surtout... La sienne ! Marilyn Manson se retrouvaient soudain au banc de la société. Refrain connu pour lui ? Oui et non à la fois, tant, en la circonstance, les désirs de lynchage prenaient une tournure hystérique qu'il n'avait pas vu venir. Seize mois plus tard, un nouvel album baptisé "Holy Wood" se veut-dixit l'intéressé-la réponse. Sa riposte. Un retour à l'envoyeur sombre, ou le strass et paillettes de Mechanical Animals sont passés à la trappe, ou l'Antichrist d'avant hier semble retenir son souffle avant de replonger dans la mêlée. D'ailleurs, quand il s'agit pour lui d'évoquer ce "Holy Wood" nouveau, on sent plus un désir de s'attarder sur ce qu'il représente à ses yeux, sur son contexte plutôt que ce qu'il renferme vraiment. |
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Nous aurait-on changé notre Marilyn Manson ? Pas forcément. Chamboulé ? Ca, ça ne fait aucun doute... |
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Après avoir prouvé que tu n'étais pas une "étoile filante", le plus gros danger n'est-il pas maintenant pour toi d'apparaître aux yeux des gens comme faisant partie des meubles, d'éviter mes réactions du genre: "Ah, c'est encore du Manson, on connaît la musique" ?! |
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Je crois qu'il était important pour moi de prendre un peu de recul avant de m'attaquer à cet album. J'avais besoin de faire le vide, pas seulement d'un point de vue créatif mais également humain. A la fin de la précédente tournée, j'ai passé trois mois reclu chez moi, isolé de tout. Certains au sein du groupe et de la maison de disque ont même craint que je ne...revienne pas, que je laisse tout tombé (sourire). Mais quand nous avons recommencé à travailler avec le groupe, ce fut l'une des périodes créatrices les plus intenses que nous ayons connues, et pour moi en particulier. Dans notre esprit nous avions quelque chose à faire. Important en tant que groupe qui entrait dans une période charnière, important d'avoir des choses à dire à ceux qui avaient pointé le doigt dans notre direction. Dans une certaine mesure, nous ressentions le besoin de leur répondre, mais je ne voulais pas non plus leur donner plus de crédit ou de crédibilité qu'ils le méritaient et limiter ce que je faisais à une simple réponse. A mes yeux, l'enjeu était plus grand, mais le fait que certains, en 1999, m'aient tant critiqué ou accusé de choses dont je n'étais pas coupable a réelement crée un feu en moi et réveillé certains sentiments de révolte que je n'aurais peutêtre pas eus autrement. |
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Lors de nos deux précédentes rencontres, tu insistais sur le fzit que chaque attaque de tes détracteurs, les méthodes qu'ils employaient, étaient autant de nouvelles victoires pour toi, de preuves supplémentaires que ton "combat" se justifiait de fait. On a l'impression en t'écoutant aujourd'hui que le discours n'est plus tout à fait le même. |
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Le fait que des gens prennent seulement le temps pour me critiquer et m'attaquer est déjà une justification de ce que je suis et fais. Mais les circonstances particulières de 1999, quand on m'a rendu coupable de faits dont je n'étais nullement responsable, n'avaient rien à voir avec mon combat, justement. Je n'avais rien à gagner à y être mêlé, et c'est pour ça que j'ai délibérément refusé de parler de tout ça aux médias parce que ces mêmes médias étaient probablement ceux à qui il fallait faire le plus de reproches. Pour une bonne partie d'entre eux, ils ont envenimé la situation. Si l'on va encore plus loin, ce sont eux qui avaient crée le contexte favorisant de telles tragédies. Et, à mon niveau, réagir à leur encontre était une façon de leur offrir ce qu'ils attendaient, ce qu'ils espéraient de moi. Je n'ai pas voulu jouer le jeu. J'ai laissé redescendre l'émotion et l'effervescence déraisonnable autour de cette tragédie avant de fournir ma réponse, ma riposte. Celle-ci ne vient qu'aujourd'hui et s'appelle "Holy Wood"... Et s'ils ont pu penser que j'étais aussi mauvais et aussi nuisible que ça, ils vont avoir une surprise avec ce que je leur réserve dans cet album qu'ils vont détester plus que tout. Cette perspective me rend heureux à l'avance parce que ces gens-là ne méritent pas mieux. Les gens qui m'ont seulement entrouvert leurs portes sont ceux que je veux atteindre aujourd'hui. Ceux qui me l'ont fermé au nez, je veux qu'ils me haïssent encore plus fort ! |
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A la façon dont tu en parles, on pourrait penser que l'homme fut plus touché que l'artiste... |
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Non, ça m'a énormément affecté d'un point de vue professionnel. Il n'est jamais facile pour un artiste de voir autant de portes se fermer d'un seul coup, de voir des concerts annulés, des radios ou des chaînes comme MTV t'interdire d'antenne. Il y a eu beaucoup de Judas...Cela m'a -t-il touché d'un point de vue personnel ? C'est difficile à dire qu'il est toujours compliqué chez moi de séparer le personnel du professionnel. Ce que je fais EST ma vie ! J'ai donc tout pris personnelement et je ne suis pas près d'oublier ceux qui sont restés derrière moi, à savoir mes fans, et ceux qui ne l'ont pas fait...Ma détermination, mon implication dans cet album afin qu'il soit entendu par le plus grand nombre de gens possibles, est ma revanche, ma récompense. Et je me fous qu'il passe en radio ou pas : je sais pour qui et pour quoi je l'ai fait. Je ne cracherai pas sur son éventuel succès commercial, mais l'essentiel pour moi est ailleurs : qu'il trouve sa voie auprès de ceux à qui il s'adresse véritablement. Et ils se reconnaîtront aisément ! |
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Au départ, "Holy Wood" devait être un film qui ne s'est finalement pas fait... |
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...Ca peut encore arriver ! Ce premier échec ne m'a pas fait renoncer. J'ai juste refuser qu'il soit qu'un film médiocre parmi tant d'autres. Je préfère avoir à défendre un album fort, puis un livre qui ne sera pas censuré. Et si je dois en faire un film l'an prochain, je me remettrai à la tâche. Mais je ne voulais pas 'un film aseptisé qui n'aurait satisfait que les comités de censure et ceux qui ne l'auraient soutenu qu'en fonction des profits financiers qu'ils pouvaient en tirer. |
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Mais comment avais-tu imaginé les choses au départ ? Un film avec un album qui n'en serait grossièrement que la bande sonore ? |
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Je ne tenais pas à ce qu'ils concordent, à ce qu'ils soient trop liés l'un à l'autre. Ils avaient été imaginés et conçus en parallèle. D'ailleurs, l'histoire autour de "Holy Wood" est quelque chose que j'avais en tête depuis 6 ou 7 ans. J'ai essayé d'en faire un album qui, au niveau du son, soit très cinématographique, qui vous permette de voir l'histoire tout en l'écoutant, mais aussi de pouvoir l'écouter sans être prisonnier du concept visuel. Mon but était de trouver le parfait équilibre, de façon à ce que celui qui le recevrait puisse l'aapréhender à la fois en profondeur ou de manière plus légère selon son humeur et son désir du moment. |
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Cette façon de vouloir t'émanciper dans le cinéma, la pinture ou les livres signifie-t-elle que tu te sens de plus en plus à l'étroit dans ton costume de musicien ou de rockstar ? |
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Pas plus que ça. C'est juste ma façon de fonctionner, ma façon d'être. Je ne sais pas ce qu'est un jour de repos, j'ai toujours besoin de faire quelque chose. Mais c'est vrai que lorsque j'écris, ça ne se réduit jamais à des mots à mes yeux. J'y colle toujours autre chose, qu'il s'agisse d'une image ou d'une mélodie. |
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Tu déclarais récemment : "Je suis arrivé à un moment de ma vie ou, dans une certaine mesure, j'ai accompli le rêve américain." Que peut-il alors y avoir après ça pour Marilyn Manson ? Le gouffre ne risque-t-il pas de se creuser entre un Manson ayant atteint un statut plus confortable et un auditoire teenage à qui il reste tout à construire ? |
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Quelqu'un avant toi ce matin m'a posé une question assez similaire en prenant prétexte du titre "the Nobodies". C'était du style : "Comment parler des "nobodies" (les riens du tout) quand on est devenu "somebody" (quelqu'un) ?" Je lui ai répondu que, peu importe ce que tu as accompli ou combien de gens te supplient ou te lèchent le cul, cela ne change rien au fait de toujours ressentir une certaine dose d'isolation. En repensant notamment à la façon dont l'Amérique m'a traité ces 2 dernières années, je me sens encore plus proche de mes fans. J'ai eu le sentiment d'avoir été totalement incompris, isolé, mis sous l'éteignoir de la même façon qu'on le fait avec les adolescents dans ce pays. Dans un sens, c'est injuste de ma part de me comparer à eux car j'ai peutêtre certains privilèges qu'ils n'ont pas, mais, dans le même temps, je subis une autre forme de pression. Donc, au final, nous avons eux et moi beaucoup en commun. |
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par Xavier Bonnet |
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