Alors que "The Golden Age Of Grotesque", le nouvel album de Marilyn Manson, est sur le point d'envahir les bacs, nous avons rencontré l'homme par qui le scandale arrive. C'est exclu, et c'est pour vous ; ouvrez bien les yeux : le grand Manson est de retour !
Il n'y a pas de problème, Marilyn Manson adore son rôle de clown mystérieux. Ca le fait frissonner de plaisir de savoir que des gens parlent dans son dos, spéculent au sujet de son prochain look, de sa prochaine phrase choc ou de sa prochaine orientation musicale. Alors que son prochain disque "The Golden Age Of Grotesque", semble être destiné à le prouver une fois de plus, Manson est sans aucun doute l'un des esprits les plus brillants opérant dans la sphère metal. Certes, ses perspectives culturelles et ses points d'intérêts historiques peuvent différer grandement du grand public, mais ça fait partie de la clé de son succès grandissant. Bien sûr, il est incapable de secouer suffisamment les esprits ou de bouleverser les choses établies, mais il tente toujours d'agir dans ce but, et d'une manière à la fois voyante et cérébrale. C'est cet équilibre difficile et délicat qui est au coeur de la polémique Manson, et c'est de ça dont nous avons parlé lors d'un récent entretien.

Comment décrirais-tu l'essence de "The Golden Age Of Grotesque" ?
Une grande partie de ce disque traite de mon emprise sur la culture d'aujourd'hui, de la façon dont cet "art dangereux" est perçu et de la manière dont il joue un rôle au sein même de cette culture. J'aime le confronter à ce qui s'est passé à différentes périodes de l'histoire, et cette fois, il s'agit plus notablement du Berlin du début des années 30. Il y a toujours eu une sorte d'éthique artistique attirée par le sexe, voire dépravée, qui a grandi avec les grandes sociétés, notamment lorsque ces dernières atteignent leur pic artistique. Souvent, c'est quand des contrôles extérieurs commencent à renforcer la réglementation de la censure sur cette même société, et par là même atteignent ses esprits les inspirés et imaginatifs. Je pense que c'est ce qui arrive à notre société aujourd'hui, et d'une certaine façon, je me retrouve un peu au milieu de tout ça.

Evidemment, l'album a déjà eu sa dose de critiques de la part de ceux qui sont "outragés" par ton approche...
Très bien...Tout cela ne fait que prouver ce que j'ai dit au sujet des forces oppressives qui essaient de réduire l'art à néant, ou au moins de le rediriger vers leur propre vision. Nous ne sommes pas là pour suivre des modes, faire l'éloge de la religion ou nous soumettre à des conventions. Chacun est sa propre mode, sa propre religion, sa propre convention. A ceux qui passent leur temps à critiquer l'art, et spécialement mon art, je peux dire que j'ai une réelle compassion pour eux.

Il se passe tellement de choses dans la musique de cet album, quels en seraient les ingrédients clés ?
Nous avons tenté de mêler les éléments les plus outrageux du hard-rock classique et une vision tordue de ce que pourrait être le punk électronique, le tout saupoudré d'une touche de décadence à la vaudeville des années 30 pour faire bonne mesure. J'ai voulu que ce disque soit très heavy parce que je commençais à en avoir ras-la-bol du metal de ces dernières années. A chaque fois, cette musique a besoin de se réinventer elle-même. J'espère que mon album participera à cet effort. Je me suis inspiré de beaucoup d'éléments dont je me suis déjà servi et je les ai triturés, tordus et déformés. En faisant ça, certaines qualités se sont mises en valeur tandis que d'autres se sont retrouvées noyées dans le mix.

Il semblerait que tu aies une vision assez négative de la scène metal d'aujourd'hui...
Je suis le dernier à critiquer les gens, quels qu'ils soient. Il se peut que je n'apprécie pas certaines choses que j'entends aujourd'hui, mais je ne nommerai personne. Ca me placerait dans la même catégorie que ceux dont je viens juste de parler. Que je considère ou non cette musique comme "importante" ou comme de l'"art" n'est pas le problème. Les gens utilisent leur musique comme une forme d'expression, et s'ils arrivent à atteindre un public avec, je les applaudis. Je sais à quel point ça peut être difficile. Bien sûr, il y a beaucoup de musique de bas du front sur le marché, mais ça m'est égal, elle atteint son objectif.

Y a-t-il de la musique que tu apprécies aujourd'hui ?

Oh, il y a énormément de choses que j'aime. Mais ça devient de plus en plus dur à trouver. Généralement, tout ce qui contient une énergie émotionnelle puissante me plaît bien. Ca peut être du metal, de la pop ou n'importe quoi. Tant que l'artiste s'exécute avec un certain degré de conviction et de réflexion...

Sur ton album, il semblerait que que tu te prennes un peu plus au sérieux que sur ton dernier disque, "Holy Wood"...
Peut-être... Mais en réalité, je pensais que mon dernier album était sérieux... Peut-être que sur "Mechanical Animals" étais-je un peu plus fun. "Holy Wood" est un album qui contient de la colère. Et, en effet, il est probable que celui est sérieux... je ne sais pas si tu peux vraiment les catégoriser aussi simplement. Pour chaque album, j'approche la phase d'écriture en me demandant ce que je veux dire et comment je veux le dire. Pour ce disque, j'avais une vision bien définie de ce qu'il devait être, mais la musique est partie dans des directions auxquelles je n'avais même pas songé.

Y a-t-il un élément important que tu souhaitais présenter dans ta musique et qui, à ton sens, a été négligé par le grand public ?
Oui, c'est que plus certaines personnes tentent de changer le monde, plus le monde les change elles-mêmes, que ce soient des artistes, des politiciens, des leaders religieux, c'est presque toujours la même chose... Ceux qui sont disposés à courir des risques ont souvent à en souffrir. C'est un thème récurrent sur nombre de mes albums. C'est également un des thèmes présents sur mon nouveau disque.

Il semblerait que nous soyons au beau milieu d'une époque très conservatrice, surtout aux Etats-Unis : il y a un président et un congrès tous 2 républicains. Ca t'inquiète ?
J'essaie généralement de rester à distance de la politique. Mais ça m'est égal qu'il y ait une attitude conservatrice dans mon pays, parce que ça me facilite les choses, et ça me permet de faire chier les gens plus facilement. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de mes fans qui soient proches du parti républicain. Donc s'ils veulent me courir après et attirer l'attention sur moi, je suis pour.

Quand tu jettes un oeil sur tes cinq précédents albums, y a-t-il quelque chose que tu souhaiterais changer sur l'un d'entre eux ?
Non, je ne changerais rien. Je peux franchement te dire que je suis très content de tout ce qu'il y a sur mes albums. Ils représentent tous quelque chose d'important pour moi et me représentent à des moments particuliers de ma vie. Il reste encore beaucoup de questions que j'aimerais traiter, mais savoir si je suis satisfait de mes albums n'en fait pas nécessairement partie.