A force de se taillader le poitrail
à coups de tessons, Marilyn Manson s'est découvert un c?ur. Rencontre
du troisième type avec le mutant glam réincarné en bombe
humaine.
Marilyn Manson, la vie de Brian
Si le monde tend à s'uniformiser, les Etats-Unis se divisent toujours
en deux : les conservateurs puritains champions de la brasse coulée portes
par le mainstream, et les autres, enfants disjonctés, adeptes de la nage
libre, luttant à contre-courant, incarnés par Marilyn Manson dans
la famille rock ou Tim Burton au cinéma. L'épouvantail des mères
de famille a encore frappé. Sa stratégie de conquête s'articule
en trois axes : un film vidéo de givré, Dead To The World"
(on en veut !), une bio pas franchement bio, "The Long Hard Road Out 0f
Hell" (Harper Collins) essentielle à force d'anecdotes pour tout
comprendre de la transformation du petit ver Brian Warner en monstre de foire
à vocation planétaire, et surtout un nouvel album, "Mechanical
Animals", le premier sans Trent Reznor. Moins radicalement négatif
dans son approche de la vie, l'Antichrist Superstar dévie quelque peu
les voies trop pénétrables du Malin et se laisse submerger par
des émotions quasi humaines. Hier il cochait le numéros 666 sur
Sa grille de loto et raflait la mise, aujourd'hui il tente de se forger une
identité du côté des mortels. Manson ne perd pas pour autant
le sens de la caricature et, malgré le départ du guitariste Zim
Zum, remet sur le tapis un rock vivace et patachon, anachronique et salvateur,
qui emprunte autant à Descartes (la théorie de l'animal-machine)
qu'à Alice Cooper. Mais si cette bonne vieille sorcière d'Alice
se livrait déjà à d'excentriques excès scéniques
il y a 25 ans sur fond de Watergate, les USA forcent aujourd'hui le trait et,
tandis que Kenneth Starr fait la nique à Clinton, Marilyn Manson, improbable
freak cyber-punk, bouscule la rhétorique petite-bourgeoise. Nul doute
que dans 20 ans le même Manson forniquera en direct de la Maison Blanche
sur tous les satellites du monde en proclamant "God bless America".
Pour l'heure planquée derrière d'épais verres fumés,
la machine à choquer affiche Sa longiligne raideur, le T-shirt léopard
au corps et la bague tête de mort au doigt. Le débit est contrôlé,
le timbre, lui, conserve toujours un accent de revenant. Interdit aux moins
de 36 mois.
rencontre avec Marilyn Manson
par Patrick Olivier Meyer
Aventure
Eprouvez-vous de la sympathie pour Bill Clinton
?
Marilyn Manson: Hum...
Toute cette affaire avec Monica Lewinsky prouve au moins qu'il est une personne
bien réelle et qu'il part commettre des fautes comme n'importe qui. Par
ailleurs je pense qu'il fait du bon boulot pour le pays et il n'y a donc aucune
raison que ses escapades sexuelles prennent de telles proportions. Comme je
le dis dans mon livre, les fellations ça ne compte pas, c'est comme signer
un autographe.
D'un côté, Clinton se retrouve mis
à l'index pour sa relation avec Monica Lewinsky ; de l'autre on vante
les mérites du Viagra. Serait-ce là tout le paradoxe des Etats-Unis
?
Marilyn Manson: Les
Etats-Unis sont un pays plein de contradictions. C'est pour cette raison que
les gens sont toujours à côté de leurs pompes et que les
serial killers ont autant la cote. Par exemple, on apprend à l'école
que si on travaille beaucoup, on va être meilleur que son voisin et en
même temps, on nous serine avec l'idée que tous les hommes sont
égaux, donc on ne sait plus trop où on en est. Clinton et le Viagra,
c'est également révélateur le sexe c'est très mal
mais, à côté de ça, un produit te permet d'améliorer
tes performances. En fait Clinton devrait prendre plus de drogues, ça
le calmerait un peu. Quand on est chargé de cocaïne, on ne peut
plus avoir d'érection. Comme ça après, pour compenser,
il prendrait un Viagra.
A quand Marilyn Manson président?
Marilyn Manson: Tout
le monde connaît ma vie sexuelle, je pourrais donc le devenir dès
à présent. En même temps on voit bien aujourd'hui que le
président des Etats-Unis n'est qu'une figure symbolique. On a davantage
de pouvoir politique en faisant de la musique, encore faut-il s'en servir à
bon escient.
Seriez-vous tenté par un rendez-vous avec
Monica?
Marilyn Manson: Non,
elle n'est pas mon genre.
Dans votre autobiographie, vous faîtes référence
à Traci Lords et c'est finalement assez triste car vous ne mentionnez
que des fellations. Hum vous ne l'avez jamais baisée?
Marilyn Manson: J'ai
avoue tout ce que j'ai pu mais il pourrait y avoir davantage, c'est à
votre imagination de faire le travail (rires). Dans ce livre, et c'est pareil
pour les passages liés à la drogue, ce n'est pas tant ma personne
que j'ai cherché à protéger que les autres. J'ai essayé
de retranscrire fidèlement ma vie par rapport à mes souvenirs
sans révéler les détails au grand jour pour ne blesser
personne.
Est-il exact que Dave Navarro des Red Hot (ex Jane's
Addiction) a voulu vous tailler une pipe et que vous êtes parti en courant?
Marilyn Manson: Ca
ne s'est pas vraiment passé comme ça. Dave et moi sommes très
amis, il était un peu soûl et m'a dit qu'il se verrait bien avoir
une petite aventure avec moi. Je me suis contenté de sourire.
Excitation
Confrontons les pochettes de "Mechanical Animals"
et "Aladin Sane". Troublantes similitudes, non?
Marilyn Manson: Elles
véhiculent le même côté androgyne, je suis représenté
nu et asexué. Cela dit, Si vous écoutez bien les deux disques,
ils sont totalement différents. Bowie fut une influence déterminante
pour moi, au même titre que Queen, T Rex ou Iggy Pop. "Mechanical
Animals" évoque cette grande période de la musique.
Changement majeur : l'absence de Trent Reznor.
L'album fut-il plus difficile à réaliser ?
Marilyn Manson: Au
contraire j'avais une vision très claire de ce que je voulais obtenir,
à savoir un vrai grand disque de rock'n'roll, avec de la peau et du nerf,
mais aussi des sentiments, après deux albums spécialement froids.
"Mechanical Animals"" traite de la douleur de devenir humain
et c'était indispensable de ne pas travailler avec Trent cette fois.
"Antichrist Superstar" était centré sur la notion de
nihilisme. Là c'est une nouveauté, je me confronte à mes
émotions. Paradoxalement "Mechanical Animals" est aussi plus
douloureux, plus noir.
Trent Reznor partage-t-il le môme point de
vue?
Marilyn Manson: A
l'heure qu'il est, je suis sur qu'il a écouté l'album. Je n'ai
toujours pas eu d'écho...
Que vous inspire KoRn, votre grand rival?
Marilyn Manson: Le
groupe est plutôt au point. Cela dit, j'aimerais le voir évoluer
vers autre chose, il a tendance à se répéter. C'est le
danger de tout artiste, c'est pour cette raison que je voulais changer un peu
de direction.
Une comparaison avec Alice Cooper s'impose. En
premier lieu les Etats-Unis l'ont détesté, ils l'ont ensuite accepté
puis se sont mis à l'adorer. Comment vous voyez-vous dans vingt ans?
Marilyn Manson: J'espère
que les Américains me détesteront toujours. Quand on est aimé
de tout le monde, ça peut vite devenir ennuyeux, je n'ai pas envie de
ça. Finalement l'idéal est d'être aimé et détesté
de manière équitable.
Et Boy George, vous l'aimez ? Lui est un de vos
grands fans.
Marilyn Manson: Je
l'aimais bien quand j'étais môme. Dans l'esprit on n'est pas si
éloignés que ça. Ma mère l'adorait. Elle lui écrivait
plein de lettres, sans savoir qu'il était gay. C'est peut-être
pour ça qu'elle n'a jamais eu de réponse.
Vous qui avez été critique musical
en Floride pour un genre de Spin, quelle question auriez-vous envie de vous
poser ?
Marilyn Manson: Si
je n'étais pas Marilyn Manson, je serais certainement un pauvre con,
alors je crois que je ne me demanderais rien du tout.
Vous scandez "Rock Is Dead". Mort, vraiment
mort?
Marilyn Manson: C'est
une réponse sarcastique à ceux qui pensent que le rock a perdu
tout intérêt. En fuit, la plupart des gens et des groupes pensent
et agissent comme des musiciens. J'agis avant tout comme un artiste, à
une échelle bien plus importante. On s'est pas mal ennuyé dans
les années 90 parce que la majorité des groupes ne mettaient aucune
créativité dans ce qu'ils faisaient. Du coup, personne n'avait
plus envie de relever le défi. Maintenant que le suis sur le point de
devenir le plus grand groupe de rock aux Etats-Unis, les autres vont devoir
réviser leurs standards. Ca va bouger. Je veux qu'on retrouve cette excitation
que je ressentais étant gamin.
Médicament
Vous ne serez donc pas la dernière rock
star?
Marilyn Manson: Pas
la dernière. Mais la meilleure, ça oui. Ce disque est le dernier
espoir de sauver le rock and roll.
Maintenant qu'Anton La Vey, le grand maître
de l'Eglise de Satan, est mort, vous êtes le dernier grand sataniste en
place. Pourriez vous expliquer rapidement votre religion ?
Marilyn Manson: Je
crois seulement en moi-même. Dieu le Diable, la gauche/la droite, le bien/le
mal, sont autant d'antinomies propres à chacun. Pourquoi vouloir choisir
l'une ou l'autre ? Le Christianisme rend coupable par rapport à certaines
facettes de la personnalité et le Satanisme permet d'exprimer les désirs
naturels de chacun en toute sérénité. J'incarne les contradictions
de tout individu.
Ne craignez-vous pas d'être assassiné
par un fanatique religieux ?
Marilyn Manson: Je
n'ai pas peur de la mort mais, il y a deux ans à l'époque de "Antichrist
Superstar", je vivais sur un mode plutôt dangereux. J'ai passé
le cap et le fait de vivre avec la mort toujours à l'esprit aide à
rendre l'existence plus agréable, ça donne plus de valeur au quotidien.
Combien vendriez vous votre âme au Diable
?
Marilyn Manson: Je
me la vendrais directement. Sans oublier de me faire un prix.
Puisque vous utilisez son nom, le fameux Charles
Manson vous réclame-t-il des royalties depuis sa prison? Marilyn Manson:
Cette association vient des médias. Marilyn et Manson sont au départ
deux mots anodins mais, quand on les juxtapose ça donne un certain pouvoir...
Il n'y a aucune référence directe à Manson.
Nous vivons dans un monde d'illusions. Quelle fut
pour vous la plus dangereuse ?
Marilyn Manson: Croire
que je pouvais me couper de tout sentiment humain. C'était un leurre
parce que tôt ou tard, on doit s'y confronter, expérimenter des
choses comme l'amour et tout ce qui touche à la nature humaine. On ne
peut éternellement forcer les gens à se railler au nihilisme sous
prétexte d'être incompris du monde. D'une certaine manière,
j'ai grandi.
Reste que, selon vous, Dieu est une statistique.
Mais encore?
Marilyn Manson: A
une époque reculée, les gens pensaient que la Terre était
plate et cette croyance populaire était si marquée qu'il fut pendant
longtemps admis qu'elle l'était. Les gens pensent toujours que Dieu existe,
aux Etats-Unis ça peut même aller très loin, mais il n'est
pas dit qu'un jour on démontre le contraire. A partir de là, l'existence
de Dieu peut but aussi bien être remise en cause. C'est une statistique.
Qu'est-ce qui vous fait peur cher les gens ?
Marilyn Manson: L'ignorance
et la stupidité. On a de plus en plus de moyens pour apprendre, notamment
grâce à l'évolution de la technologie, mais non, les gens
préfèrent rester ignares.
Et chez vous?
Marilyn Manson: Je
ne sais jusqu'à quel point je peux me contrôler et parfois ça
me met mal à l'aise. J'ai expérimenté le pouvoir, le sexe,
la drogue, la religion au maximum de mes possibilités, tout cela représente
un même niveau de danger, mais j'aimerais bien être fixé
exactement sur mes limites.
Quel est votre pire cauchemar?
Marilyn Manson: Enfant,
je rêvais de la fin du monde, c'était horrible, et puis après
j'ai grandi, je me suis familiarisé avec l'Antéchrist et j'ai
été en mesure d'affronter mes peurs. Aujourd'hui mon cauchemar
tend à se limiter à la vision du gros cul de Courtney Love en
train d'inonder la planète.
Pourquoi êtes-vous si sentimental ?
Marilyn Manson: Je
pense que la perte de l'innocence inspire les gens a se remémorer leur
enfance, de retrouver cette candeur. Quand on est enfant, les choses ont plus
de grandeur les rêves représentent davantage, j'ai toujours essayé
de me raccrocher à mon enfance.
Votre médicament préféré
?
Marilyn Manson: "Coma
White", le nom d'un médicament que j'ai inventé sur l'album,
qui a le pouvoir de représenter toutes les drogues et qui anéantit
totalement les gens. Je le recommande vivement.
Combien avez-vous de cicatrices ?
Marilyn Manson: 450...
On peut voir ?
(il soulève son T-shirt et découvre un torse tailladé de
multiples scarifications) C'est une estimation, je ne les ai jamais vraiment
comptées.